
Le livre en quelques mots
La famille de la petite souris Lila reçoit de la fée Aurore une bouture d’arbre mémoire ; cet arbre a la particularité de garder entre ses feuilles les souvenirs de ceux qui les ont plantés et s’en sont occupés, nourri par les récits qui lui sont livrés.
Un jour, un monstre de fer pénètre dans la forêt, et arrache Lila et ses parents à tout ce qu’ils possèdent, y compris leur maison. La famille souris est ainsi rappelée à son passé, elle qui a déjà dû fuir son pays…
Avant de partir pour un nouvel exil, la courageuse Lila réussira à retrouver l’arbre-mémoire que le monstre avait déraciné et à l’emporter avec elle…

Résonance 1 · Un objet qui condense la mémoire, qui reste après que tout a été perdu
La pelleteuse anéantit la maison de la famille de Lila, la poussant à un nouvel exil. Lila tient à emporter l’arbre-mémoire, qu’elle va courageusement chercher entre les mâchoires menaçantes de la machine.
Celles et ceux d’entre nous qui ont dû quitter leur pays, parfois précipitamment, quels objets ont-ils emportés ? Pour Lila c’est un arbre, pour d’autres, ce sera autre chose, même quelque chose de petit, qui aura pour l’avenir ce pouvoir magique de convoquer les souvenirs.
Pour une belle plongée sonore dans ces objets de l’exil, je vous invite à écouter le documentaire radiophonique de Charlotte Rouault et Benoit Bories « Objets et migration » que j’avais déjà évoqué dans mon article « Que racontent les objets de nos vies ».
Résonance 2 · Transmettre… se transmet
« Passent les jours, passent les nuits… L’hiver s’en va et le printemps s‘en vient. Lila est assez grande à présent pour comprendre ce que signifie cet arbre que son père et sa mère soignent avec tant d’amour. »
Lila se voit confier le rôle de prendre soin de l’arbre, de l’abreuver de récits familiaux. Transmettre la mémoire se transmet, ici de manière explicite, car ce sont les parents de Lila qui l’investissent de cette mission.
Cette belle continuité générationnelle assure la survie de la mémoire familiale, en dépit des circonstances tragiques : dans ce nouvel exil, forte de ce rôle de passeuse de mémoire, Lila parvient à arracher l’arbre-mémoire aux griffes du monstre de fer.
Résonance 3 · Prendre soin de la mémoire comme démarche écologique
L’arbre-mémoire de la famille de Lila abrite les histoires de plusieurs vies humaines, lui dont la durée de vie va au-delà de celle d’un homme, et qui, même mort, continue à servir d’habitat et de nourriture à de nombreuses espèces animales et végétales.
Cette relation horizontale entre êtres vivants – des humains qui confient à un végétal le soin de conserver leur mémoire familiale et qui le soignent en retour – est magnifique.
La biographe que je suis fait forcément le lien avec l’objet livre, support de la mémoire recueillie : les pages ne sont-elles pas faites, à l’origine, de fibres végétales ?
Résonance 4 · Mémoire et exil, des thématiques à aborder avec les enfants
Friande de littérature jeunesse, du rapport texte / image si fécond qui y règne, je suis de celles et ceux qui pensent que cette littérature n’est pas réservée aux seuls enfants. Elle leur est néanmoins prioritairement adressée et je trouve intéressant qu’un livre jeunesse ait choisi d’aborder ces deux thèmes : mémoire et exil.
Sensibilisation à la question de la mémoire familiale, à l’exil et ses conséquences… Un livre qui peut être un point de départ à de nombreuses réflexions sur ces deux thèmes inépuisables dans leur contenu, et dont l’exploration me semble indispensable pour les acteurs de la cité de demain !
L’Arbre-mémoire de Mercè Company et Agustí Asensio (trad. Marie-France de Palomera) Seuil, 1990
Vous venez de lire la chronique résonance #1. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :



