Angélique Kidjo, femme du monde (Elodie Maillot)

Angélique Kidjo © R. Pierce

La série d’entretiens en quelques mots

Les entretiens biographiques  « à Voix Nue » donnent à entendre la parole de personnes qui se sont illustrées dans différents domaines : arts, sciences, politique…

Dans la série dont je vous parle aujourd’hui, Elodie Maillot s’entretient avec Angélique Kidjo, que l’on peut présenter comme une chanteuse, mais dont les engagements et l’énergie inépuisable invitent à ne pas la réduire à cette seule catégorie.

C’est précisément ce qui, chez elle, m’intéresse : cette liberté, cette façon particulière de déjouer les étiquettes dont elle se trouve affublée : on la dit africaine, elle se nomme citoyenne du monde. Cataloguée musicienne « world music », elle revendique le statut d’artiste tout court, une artiste qui cherche à se réinventer en permanence… A. Kidjo est aussi une femme aux engagements remarquables, notamment via sa fondation Batonga qui œuvre pour l’éducation des jeunes filles sur le continent africain.

Résonance 1 · La voix porte le récit de soi d’une manière si singulière

Je commence cette chronique par évoquer l’effet que produit chez moi l’écoute de la voix, en particulier la voix de quelqu’un qui se raconte. C’est une émotion particulière, de l’ordre de la connexion. Lorsque Angélique Kidjo parle, elle me parle. C’est pour cela qu’en tant que biographe, je suis si attachée à cette possibilité des récits sonores, convaincue de la portée de cette transmission par le son (j’ai déjà évoqué ce sujet dans mon article « Donner à entendre ce que la voix raconte »).

Je souligne aussi l’importance de la prise de son : ce n’est pas uniquement la voix d’Angélique Kidjo qui se donne à l’oreille, mais aussi son corps, l’espace dans lequel elle se meut, ce qu’une captation stéréo permet.

Je connaissais la voix chantée d’Angélique Kidjo. Sa voix parlée est tout aussi extraordinaire, d’une texture vibrante, un régal à écouter.

Résonance 2 · Une transmission du récit familial qui passe par un lien avec les ancêtres

Angélique Kidjo évoque dans le premier épisode la cérémonie de baptême dans sa famille, un rite qui dure plusieurs jours. Le lieu de cette cérémonie est la salle des ancêtres de la maison familiale. Dans cette pièce, les ancêtres sont représentés par de petites statuettes en bronze, dont chacune présente un trait marquant de celle ou celui qu’elle symbolise (« si le métier de cet ancêtre était chauffeur, la statuette va être un monsieur au volant… »). Angélique Kidjo compare cette représentation par les statuettes à un arbre généalogique.

C’est dans cette même pièce que l’on fait appel aux ancêtres, processus au terme duquel l’un d’entre eux devient le guide spirituel du nouveau-né.

Résonance 3 · L’exil commence par un départ, et ce départ est déchirement

A. Kidjo raconte ce jour particulier où sa famille l’aide à quitter clandestinement le Bénin, alors en dictature.

Les images surgissent grâce au talent de conteuse d’AK : j’ai imaginé cette scène où son père la conduit en voiture, phares éteints, jusqu’à un point proche de l’aéroport; j’ai pu ressentir leur émotion, quand il lui dit qu’il ne peut pas la mener plus loin. Et la confusion des sentiments qui a dû la saisir, au moment de quitter la voiture, puis de trainer sa valise jusqu’à l’aéroport. Son angoisse jusqu’à la montée dans l’avion, contenue dans son corps recroquevillé sur le siège. Puis, peu à peu, l’apnée qui laisse place au souffle, à mesure que l’avion s’élève et qu’elle réalise qu’elle est hors d’atteinte.

Résonance 4 · Une mémoire qui se transmet obstinément

Angélique Kidjo évoque dans l’épisode 4 son séjour dans la ville brésilienne de Salvador de Bahia, et sa surprise d’y découvrir la survivance de la culture africaine, dans ce qui fut une plaque tournante de l’esclavage d’Africains : la nourriture, les chants sont là…

« J’arrive à des milliers de kilomètres de chez moi et j’entends des gens chanter en yoruba [langue parlée notamment au Bénin, pays natal d’AK] et pourtant ils ne parlent pas la langue… C’est là que l’on se rend compte que la mémoire d’un être humain, personne n’a de pouvoir dessus… On a beau avoir voulu faire un lavage de cerveaux aux esclaves, les faire oublier d’où ils venaient… »

Angélique Kidjo

« Angélique Kidjo, femme du monde« , une série d’Elodie Maillot, réalisée par Annabelle Brouard, à Voix Nue – France Culture (2019)

Vous venez de lire la chronique résonance #2. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :

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