Je est un nous (Jean-Philippe Pierron)

Couverture (détail) de « Je est un nous », de Jean-Philippe Pierron (Actes Sud, 2021)

Le livre en quelques mots

De quels liens sommes-nous constitués ? Et ces liens, sont-ils exclusivement humains ? Jean-Philippe Pierron explore ces questions vertigineuses dans son ouvrage « Je est un nous ». Le philosophe y propose un nouveau mot pour décrire ces autobiographies élargies à ce qui nous lie intimement au monde vivant, humain ou non humain : l’écobiographie.



L’écobiographie : dire nos liens intimes avec le vivant

L’idée d’écobiographie est venue à Jean-Philippe Pierron alors qu’il dirigeait le diplôme de master « éthique, écologie et développement durable » à l’université Jean-Moulin à Lyon. « Pour candidater, chaque étudiant ou étudiante devait présenter son parcours de formation. (…) Très vite dans la présentation, ces étudiants en venaient à parler d’un engagement, d’une motivation intime, de leur éducation familiale ou associative qui les liait par un bout ou par un autre à une expérience de nature »1Jean-Philippe Pierron, Je est un nous, Actes Sud, 2021.

Ce néologisme vient donner du poids à ces « micro-relations qui s’instaurent entre un sujet et son monde »2ibid et que notre société contemporaine occidentale juge dérisoires et indignes d’être racontées, alors même qu’elles sont fondatrices d’un engagement. Ces expériences ont-elles toujours été jugées insignifiantes ?

Un peu d’histoire

L’idée d’inclure dans le récit de soi ce qui nous lie intimement à toutes les espèces vivantes, y compris non humaines, parait étrange aux contemporains occidentaux. Pourtant, Jean-Philippe Pierron le rappelle :

« Ce n’est que tardivement que nous sommes passés d’une logique d’inclusion de l’homme dans la nature, valorisant la présence animale, à une logique d’exclusion, valorisant la figure humaine et préparant exploitation et prédation. »3ibid

En effet, ce n’est « que » depuis trois siècles que nous nous pensons comme des sujets autonomes, émancipés d’une nature aliénante. Or, cette autonomie léguée par les Lumières s’est révélée autarcique, aveugle à nos dépendances et nos appartenances au vivant.

« Je est un nous », c’est d’abord cela : un « je » qui prend conscience qu’il n’est pas une île, mais que son autonomie s’articule à des dépendances.

Une autobiographie élargie

Jean-Philippe Pierron se nourrit du concept d’identité narrative forgé par le philosophe Paul Ricœur : pour répondre à la question « qui suis-je ? », je dois raconter des histoires. Ces histoires sont relatives aux questions fondamentales que sont « d’où je viens », « où j’en suis aujourd’hui », et « ce que je cherche à être ».

Se raconter, c’est donc d’abord se raconter lié, entremêlé avec des histoires, dont certaines ont commencé avant notre naissance. C’est ce que je rappelle à mes interlocuteurs qui avancent que la démarche biographique serait égocentrique : la biographie vient témoigner de quelque chose de plus grand que l’ego, dévoilant cette trame faite des relations tissées avant et tout au long de la vie du narrateur.

Mais Jean-Philippe Pierron va plus loin, en étendant ces relations aux non-humains et aux écoumènes4Ce concept d’écoumène (du grec oikouméné qui signifie « habité ») forgé par le philosophe-géographe Augustin Berque, vise à sortir de l’opposition entre géographie physique objective et géographie humaine subjective pour penser le lien intime et imbriqué que les sociétés humaines entretiennent avec leur milieu de vie. Il désigne les milieux habitables et habités par les humains (note incluse dans l’ouvrage)..  

À l’évocation de cette multitude vivante qui nous constitue, j’ai pensé à un phénomène qui m’avait déjà mise en contact avec cette idée d’un soi multiple, celui de la symbiose avec les micro-organismes qui vivent sur et dans notre corps. L’analyse de nos microbiotes révèle d’ailleurs l’histoire de notre vie : où nous avons séjourné, ce que nous avons mangé, comment nous nous sommes soignés… De vrais biographes !

Une généalogie alternative

La dédicace du livre entremêle plusieurs généalogies : 

« À mon père Jean P., fils d’André, fils de Joseph, fils de Nicolas, fils de Jean…fils des pins noirs et de la grande forêt. »5ibid

Jean-Philippe Pierron pose la question des êtres que nous accueillons dans nos généalogies. Question cruciale quand on sait que la généalogie, tout comme les photos de famille relèvent d’une opération de sélection pour honorer ou au contraire occulter certains membres.

Cette lune immense observée le soir où j’ai réalisé être enceinte pour la première fois et avec laquelle j’ai senti une intense connexion, ce trèfle des prés dont je suçais les fleurs, enfant, pour en absorber la saveur sucrée… Que fais-je de ces liens, aussi minuscules soient-ils ? Sont-ils condamnés à demeurer un décor, un arrière-plan de mon existence, ou méritent-ils d’être décrits comme l’ayant soutenue ?

Illustration botanique d’un trèfle des prés (L. Prang & Co., 1865 – 1899)

Et si je décide d’en faire des personnages à part entière de mon histoire de vie, quels en seront les effets ?

Les effets de l’écobiographie

Avec l’écobiographie, nous élargissons la compréhension que nous avons de nous-même. Se cantonne-t-elle à un bénéfice personnel ou cette compréhension prépare-t-elle un agir collectif ?

Une humilité qui décentre de soi

« L’écobiographie n’est pas une égologie » précise Jean-Pierre Pierron. Au contraire, « La conscience prise de nos appartenances n’enferme pas dans l’insularité d’une citadelle intérieure qu’elle flatterait narcissiquement. Elle est, au contraire, offerte à la densité du tissu relationnel qui installe le soi dans et avec d’autres que soi, avec tous les autres. Elle se donne dans l’expérience vécue de l’humilité. »6ibid Il rappelle la racine étymologique d’humus, que les mots « humanité », « humus » ou sol et « humilité » ont en commun. Un partage étymologique contredit par les rites funéraires occidentaux7La terramation reste interdite en France. Sa légalisation est demandée par des collectifs tels que Humo Sapiens qui multiplient « les enveloppes étanches, les cercueils robustes, eux-mêmes installés dans un caveau en béton, séparant de la microfaune des sous-sols », et qui ne font que « reconduire la grande séparation entre humains et non humains »8Jean-Philippe Pierron, ibid. Il est fait allusion aux rites funéraires dans le chapitre consacré à la philosophe australienne Val Plumwood, dont le corps a été enterré selon sa volonté dans son jardin sur Plumwood Mountain, en Nouvelle-Galles du Sud..

« L’humilité initie un décentrement de soi »9Jean-Philippe Pierron, ibid. Je relève là l’écho à ce que la philosophe Joëlle Zask développait à propos de l’admiration : là où la fascination relève de l’asservissement et la célébration de la consommation et de l’appropriation, l’admiration nous décentre, nous met en contact, dans une relation de réciprocité.  « L’égocentrisme reflue au profit d’une expérience d’altérité radicale. Loin de nous enlever quelque chose, de nous dévaloriser, de nous faire nous sentir misérables, l’admiration soulage du fardeau d’être soi »10Joëlle Zask, Admirer, éloge d’un sentiment qui nous fait grandir, Éditions Premier Parallèle, 2024.

Un rapport attentionné au monde

Dans une société qui pense l’homme comme un pur et simple agent économique, renouer avec un contact sensible au monde vivant relève d’une forme de dissidence. « Penser comme une montagne » comme nous y invite Aldo Leopold, philosophe dont l’expérience écobiographique est relatée dans le livre, c’est s’extraire de cette matrice qui nous réduit à des rôles de production et de consommation.

Aldo Leopold, assis sur une corniche au-dessus du Rio Gavilan, dans le nord du Mexique, en 1938.

La perspective écobiographique change le regard. Ainsi, « le verger n’est pas qu’un lieu de production fruitière, il est aussi un catalyseur de ces liaisons amoureuses et fructueuses qui nous ont fait être. Un verger est une forme de soin intergénérationnel matérialisé. Il faut du temps pour faire un verger, pour accompagner la croissance lente mais constante des jeunes plants, pour les ménager, les choisir comme autant de promesses de saveurs à venir. »11Jean Philippe Pierron, ibid

Une autre relation au temps

Avec cette pleine attention au vivant, je cultive aussi un autre rapport au temps. Le régime d’attention requis par le compagnonnage avec les êtres vivants non humains suppose une décélération12 Dans « Pour une insurrection des sens – danser, chanter, jouer, pour prendre soin du monde« , livre paru en 2023 (Ed. Actes Sud), Jean-Philippe Pierron, prenant acte de l’anesthésie de notre expérience de la nature, explore comment les arts vivants peuvent contribuer à renouer avec cette sensibilité perdue. Il y évoque aussi la nécessité de proposer des oasis de décélération qui prennent soin de l’attention de chacune et de chacun. Je prends également conscience de l’articulation entre le temps personnel – ce temps si court de ma vie humaine – et le temps long. Se tenir face à un arbre multi centenaire qui m’a précédée et me survivra, me permet de l’éprouver. Cette conscience de l’articulation entre temps humain et temps long m’évoque également l’image de la corde, que l’anthropologue Tim Ingold propose pour penser le lien entre les générations :

« Avec la corde, les jeunes vies se chevauchent avec les plus anciennes et le vivant lui-même se trouve régénéré par leur collaboration, qui ne se limite d’ailleurs pas à celle des vies humaines, puisqu’elle s’étend aux relations entre les êtres vivants de toute nature. Ce n’est selon moi, qu’en repensant la génération en ces termes que nous pourrons jeter les bases d’une coexistence durable. »13Tim Ingold, Le passé à venir, repenser l’idée de génération, Ed. du Seuil, 2025

Une sensibilité personnelle qui prépare un engagement écologique collectif ?

Comment le nier ? Les faits sont connus depuis des décennies ; les rapports internationaux attestant du dérèglement climatique se cumulent sans qu’un engagement écologique ne se propage massivement.

Je veux ici préciser le sens d’engagement écologique. Il n’est pas question ici d’une écologie superficielle qui, « loin de travailler sur les causes de la crise écologique, n’en traite que les conséquences par des solutions techniques ou industrielles »14Jean-Philippe Pierron, ibid. J’évoque ici avec Jean-Philippe Pierron une écologie profonde (deep ecology). Pour l’écologie superficielle, la crise écologique est un problème technique à résoudre techniquement. Pour l’écologie profonde, elle est une crise des sensibilités et des accordages. Et une manière de la résoudre est « d’explicite[r] la dimension originaire de nos attachements »15ibid, pour que ces images de lien avec le vivant nous habitent assez pour nous habiliter à changer.

« Tous écobiographes ! » proclame le titre du chapitre conclusif de Je est un nous. Mais comment « s’écobiographier » ? 

Comment « s’écobiographier » ?

Jean-Philippe Pierron propose avant tout l’écobiographie comme un concept critique d’identités mutilées par la séparation humain / non humain. Son propos n’est donc pas d’offrir un guide pratique sur la façon de mener une démarche écobiographique ; Il livre cependant en fin d’ouvrage un cahier d’exercices conçu avec ses étudiants du master « éthique, écologie et développement durable », qui fournit des pistes pratiques à qui voudrait s’initier.

Renouer avec une expérience sensible et directe avec le vivant

Relater une expérience écobiographique mobilise avant tout le sentir, comme le philosophe Henry Maldiney le décrit lorsqu’il évoque sa rencontre avec le Cervin, commentée ainsi par Jean-Philippe Pierron :

« La montagne ainsi sentie n’est pas l’objet de considérations touristiques guettant le pittoresque ou d’intérêts esthétiques épris du pathétique. L’éprouver permet parfois de déposer le lourd sac de toutes les considérations et significations qui nous encombrent – à quelle altitude est ce sommet ? Cette montagne est-elle du Quaternaire ? Ce versant est-il à l’adret ou à l’ubac ? Cette voie, l’as-tu déjà faite ? – au profit de la puissance non thématisable de sa présence. Une montagne ne se visite pas, elle se rencontre. »16ibid

Artiste inconnu, Cabane Italienne et le Cervin, années 1880

Il s’agit d’aborder le monde vivant non comme « un catalogue – ce que l’on appelle la biodiversité – dont les naturalistes se seraient eux-mêmes ordonnés conservateurs »17Tim Ingold, Le passé à venir, repenser l’idée de génération, Ed du Seuil, 2025, mais avec une sensibilité convoquant l’immédiateté enfantine, débarrassée du brouillage savant qui peut gêner, voire empêcher la rencontre.

Parler en première personne

Jean-Philippe Pierron sème dans le livre différentes expériences écobiographiques de philosophes qui, pour évoquer une expérience de lien fort avec le vivant, ont ressenti le besoin de parler au « je », en rupture avec la tradition intellectuelle du « nous ». S’il est vécu comme l’ingrédient indispensable d’une posture d’argumentation académique, ce parler en « nous », auquel les élèves sont initiés dès la première dissertation, est aussi un dispositif qui nous désengage, nous ampute de nous-même et nous anesthésie.18Propos de Jean-Philippe Pierron lors de la présentation du livre Je est un nous dans le cadre de la 3ème Semaine des Possibles du festival Agir pour le vivant. Rencontre organisée en partenariat avec l’Institut Français Italia, l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et l’Institut Français Centre Saint-Louis.

Cette réflexion sur le parler au « je » fait écho à ce que philosophe féministe Camille Froidevaux Metterie en dit dans son ouvrage « Un corps à soi » : « Dire je c’est assumer une prise de parole incarnée, c’est parler en première personne. »19Camille Froidevaux Metterie, Un corps à soi, Seuil, 2021 Dire je, c’est donc parler depuis son corps, et sa sensibilité.

Évoquer des expériences concrètes… dans toute leur épaisseur

Pierron le précise en introduisant les exercices écobiographiques qui figurent en fin d’ouvrage : « l’écobiographie (…) se rapportera à une expérience vécue et non à des propos généraux et abstraits. »20Jean Philippe Pierron, ibid Il s’agit en effet de dire ses liens, non pas avec le vivant en général mais avec le tilleul de cette maison de vacances qui a abrité les rêves de mes siestes d’été, le chevreuil que j’ai aperçu un jour dans cette forêt et qui m’a donné cette impression d’être un intrus dans son royaume, bref, avec cette expérience singulière « à chaque fois irremplaçable et qui a fait histoire.»21ibid.

Je vous invite d’ailleurs en cette fin de chronique à vous remémorer une de ces expériences singulières, en répondant à la première des questions de ce cahier d’exercices qui figure en fin de livre : « Puis-je identifier dans mes expériences d’enfance un lieu, un être, un vivant avec lequel s’est instaurée une rencontre qui m’habite encore aujourd’hui ? Je prends le temps de la décrire factuellement, en prenant soin des détails que je juge insignifiants (me demander quelle raison me conduise à dire qu’ils seraient insignifiants), de préciser si elle était joyeuse ou malheureuse, et de préciser quels sentiments et images vives y sont associés. »22ibid

À l’évocation des « détails insignifiants », la biographe que je suis a souri. J’ai repensé au face à face biographique entre le narrateur de La légende de nos pères23Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Grasset, 2009, qui est biographe, et Tescelin Beuzaboc, le biographié, lequel murmure, soupçonneux :

« – Vous allez vous perdre dans les détails (…)

J’ai relevé la tête en souriant. Je ne me servirais pas de tous ces éléments. J’ai expliqué que pour raconter une histoire, je devais connaître le motif d’une toile cirée sur une table de cuisine. Je devais entendre les gestes et regarder les mots. Et plus j’aurais de couleurs, et plus j’aurais de musique, et plus le livre serait vivant. »

Oui ces « détails », qui requièrent nos sens, font le sel du récit.


Je est un nous, un essai de Jean-Philippe Pierron (Actes Sud, 2021)

Vous venez de lire la chronique résonance #39. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :

  • 1
    Jean-Philippe Pierron, Je est un nous, Actes Sud, 2021
  • 2
    ibid
  • 3
    ibid
  • 4
    Ce concept d’écoumène (du grec oikouméné qui signifie « habité ») forgé par le philosophe-géographe Augustin Berque, vise à sortir de l’opposition entre géographie physique objective et géographie humaine subjective pour penser le lien intime et imbriqué que les sociétés humaines entretiennent avec leur milieu de vie. Il désigne les milieux habitables et habités par les humains (note incluse dans l’ouvrage).
  • 5
    ibid
  • 6
    ibid
  • 7
    La terramation reste interdite en France. Sa légalisation est demandée par des collectifs tels que Humo Sapiens
  • 8
    Jean-Philippe Pierron, ibid. Il est fait allusion aux rites funéraires dans le chapitre consacré à la philosophe australienne Val Plumwood, dont le corps a été enterré selon sa volonté dans son jardin sur Plumwood Mountain, en Nouvelle-Galles du Sud.
  • 9
    Jean-Philippe Pierron, ibid
  • 10
    Joëlle Zask, Admirer, éloge d’un sentiment qui nous fait grandir, Éditions Premier Parallèle, 2024
  • 11
    Jean Philippe Pierron, ibid
  • 12
    Dans « Pour une insurrection des sens – danser, chanter, jouer, pour prendre soin du monde« , livre paru en 2023 (Ed. Actes Sud), Jean-Philippe Pierron, prenant acte de l’anesthésie de notre expérience de la nature, explore comment les arts vivants peuvent contribuer à renouer avec cette sensibilité perdue. Il y évoque aussi la nécessité de proposer des oasis de décélération qui prennent soin de l’attention de chacune et de chacun
  • 13
    Tim Ingold, Le passé à venir, repenser l’idée de génération, Ed. du Seuil, 2025
  • 14
    Jean-Philippe Pierron, ibid
  • 15
    ibid
  • 16
    ibid
  • 17
    Tim Ingold, Le passé à venir, repenser l’idée de génération, Ed du Seuil, 2025
  • 18
    Propos de Jean-Philippe Pierron lors de la présentation du livre Je est un nous dans le cadre de la 3ème Semaine des Possibles du festival Agir pour le vivant. Rencontre organisée en partenariat avec l’Institut Français Italia, l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et l’Institut Français Centre Saint-Louis.
  • 19
    Camille Froidevaux Metterie, Un corps à soi, Seuil, 2021
  • 20
    Jean Philippe Pierron, ibid
  • 21
    ibid.
  • 22
    ibid
  • 23
    Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Grasset, 2009

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