
Le doc en quelques mots
L’idée d’Elodie Maillot de participer au projet « Le French Gut » : voilà le point de départ de cette série documentaire. Le projet mené par l’INRAE et l’AP-HP compte recueillir et analyser 100.000 échantillons fécaux d’ici 2027, pour cartographier et comprendre les microbiotes intestinaux français.
Derrière la trivialité du sujet, s’ouvre un monde passionnant : que disent ces milliers de micro-organismes de nos identités ? En somme, que « raconte » le microbiote ? La biographe que je suis a été interpelée, forcément.
Depuis sa retraite, elle s’est mise à lancer des couteaux et des haches, est même devenue vice-championne du monde de cette discipline (dont j’ignorais tout jusqu’à cette écoute J).

Résonance 1 · Le microbiome, autobiographie de nos identités mouvantes
L’analyse de notre microbiome révèle l’histoire de notre vie : où nous avons séjourné, ce que nous avons mangé, comment nous nous sommes soignés…
Nos microbiomes attestent de la polyphonie de nos existences humaines, et du fait que nos identités ne sont ni uniques, ni stables dans le temps.
A la permanence de nos gènes répond la mobilité de nos microbiomes, qui évoluent tout au long de la vie. Et contrairement à l’hérédité que nous subissons, le microbiote nous offre la possibilité de nous réinventer, de nous guérir…
Résonance 2 · Chaque nouvelle rencontre nous transforme
Je crois au pouvoir de la rencontre, celle qui fait bifurquer nos vies, la nourrit. Ce pouvoir se reflète dans l’évolution de notre microbiome, qui va se modifier à l’épreuve du contact. Dans le documentaire, le biologiste et artiste canadien François-Joseph Lapointe évoque sa performance « 1000 poignées de main » qui documente ce fait.
Dans cette perspective, le microbiologiste Stanislav Dusko Ehrlich suggère à la fin du premier épisode que l’immigration est une bénédiction pour nos sociétés occidentales. Car nos microbiomes appauvris par l’exposition à une alimentation industrielle, une hygiène et prise d’antibiotiques excessives, aux pesticides et perturbateurs endocriniens pourraient gagner à côtoyer ceux qui ont conservé une diversité microbienne plus riche !
Résonance 3 · Nous et notre microbiote : une interdépendance salutaire
Depuis notre naissance, nous vivons en symbiose avec les micro-organismes qui vivent sur et dans notre corps. La qualité de cette symbiose détermine notre bien-être. Et pour entretenir la qualité de cette symbiose, il faut de la diversité, en miroir de la biodiversité nécessaire au monde dans son ensemble.
Ceci résonne avec l’incontournable définition de nos terrains de vie à laquelle B. Latour nous invite pour définir par le concret un genre de vie souhaitable et soutenable. Dans son livre manifeste « Où atterrir », il suggère de répertorier ce dont nous dépendons pour subsister, et ainsi multiplier, non pas les points de vue, mais les points de vie ! Nos microbiotes font partie de l’inventaire !
Résonance 4 · Une autre approche de la transmission
Les travaux les plus récents montrent qu’une transmission des microbiotes s’effectue tout au long de la vie entre les personnes qui vivent en contact étroit. Cette transmission est d’abord maternelle puisque ce sont les mères qui transmettent leur microbiote en mettant au monde leurs enfants.
Ce qui m’intéresse ici, c’est le rôle actif qui peut entourer l’acte de transmission. Je possède une marge de manœuvre sur la composition de mon microbiome, par mes choix en termes d’alimentation, de santé, d’hygiène… et peux donc agir sur la qualité du microbiote que je transmets.
Ceci m’évoque les démarches de transmission que j’aide à faire émerger en tant que biographe. Retracer l’histoire de sa vie pour la transmettre, c’est donner à la transmission une dimension volontaire, délibérée.
Microbiote : tous en selles!, un documentaire sonore de Elodie Maillot, Réal. Véronique Samouiloff et Rafik Zénine, LSD La Série Documentaire, France Culture (2023)
Vous venez de lire la chronique résonance #9. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :



