De la danse, des fleurs et quelques cailloux (Julia Wauters)

Julia Wauters, rester en lien (avec l’aimable autorisation de l’artiste) 

L’expo en quelques mots

« De la danse, des fleurs et quelques cailloux », montre des sérigraphies hautes en couleur et pleines de mouvement de l’illustratrice Julia Wauters. L’expo a démarré à la rentrée et sera visible jusqu’au 28 octobre 2023 chez Oh! Mirettes, espace marseillais dédié à l’illustration sous toutes ses formes : tirages numérotés signés, originaux, objets… et expos !

Avec mes filles, nous avons eu le plaisir de découvrir Julia Wauters et son sens magique des couleurs et de l’espace à travers deux livres, que je vous recommande vivement : Meslama la sorcière (Jennifer Dalrymple, Ed. Cambourakis) et Marin, Félix et l’île aux oiseaux (Erwan Bargain, Ed Hélium).

Lors de ma visite, « se souvenir » et « rester en lien » sont deux œuvres qui m’ont interpelée ; c’est (surtout) de ces deux images dont je vais vous parler.

Résonance 1 · Se souvenir, acte (du) vivant

Dans se souvenir, ce sont d’abord les couleurs qui m’ont happée. De la série présentée, c’était certainement l’image la plus sombre, évoquant une forme de menace. Puis j’ai posé mon regard sur la fleur, épineuse certes, mais éclose, épanouie. Se souvenir est à l’image de cette fleur : difficile, voire douloureux, mais participant éminemment au fait de sentir vivant.

Julia Wauters, se souvenir (avec l’aimable autorisation de l’artiste)

Enfin, j’ai découvert ce qui m’avait échappé au premier abord : la protagoniste est adossée à une figure humaine. Un disparu ? Le « elle-même » d’il y a quelques années? Le passé nous accompagne, que nous en ayons conscience ou non.

Résonance 2 · Rester en lien, rôle à la fois précieux et éprouvant

À l’enracinement perceptible de « se souvenir » répond, en miroir inversé, le flottement des personnages de « rester en lien ». Je lis la difficulté de se relier, de faire famille (au sens large) dans un monde tourbillonnant.

Julia Wauters, rester en lien (avec l’aimable autorisation de l’artiste) 

Je ne peux m’empêcher de voir dans la centralité de la figure féminine la place ambivalente qu’occupent les femmes dans le maintien du lien, ce rôle d’araignée, pour le dire avec Starhawk, un rôle à la fois précieux et épuisant… qui ne devient « habitable » que lorsqu’il est partagé.

Pour en savoir plus sur ce rôle que l’auteure et militante écoféministe évoque dans son livre Truth or dare, vous pouvez consulter le livre Micropolitique des groupes de D. Vercauteren (qui m’avait fait découvrir Starhawk), dont de larges extraits sont publiés ici.

Résonance 3 · La vie est mouvement

Que l’expo ait contenu le mot « danse » dans son intitulé a compté pour beaucoup dans ma motivation à m’y rendre… Il est vrai que danser et regarder danser participent largement au bonheur que j’ai d’exister.

Rester en lien, se souvenir, ne pas tomber, chuter, s’équilibrer, rester, avancer, rassurer, protéger, s’adapter, plier : lus successivement, les titres des œuvres racontent l’histoire d’une vie, qui est danse perpétuelle… Même quand, en apparence, le mouvement se tait.

La dernière œuvre – qui est aussi l’affiche de l’expo – se nomme « plier ». Plier, non comme manifestation d’un renoncement, mais plutôt comme l’humble force de celle qui manifeste sa vitalité, envers et contre tout. À la manière du roseau de la fable de la Fontaine, qui dit au chêne : « je plie, et ne romps pas. »

De la danse, des fleurs et quelques cailloux, Expo Julia Wauters, chez Oh! Mirettes (19, rue des trois rois, Marseille), jusqu’au 28 octobre 2023

Vous venez de lire la chronique résonance #3. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :

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