Vie ? ou Théâtre ? (Charlotte Salomon)

Charlotte Salomon, Autoportrait, 1940, gouache sur carton, 53,9 x 39 cm, Collection Joods Historisch Museum © Fondation Charlotte Salomon

Le livre en quelques mots

Cette œuvre autobiographique est hors du commun. Je l’ai d’abord réalisé en prenant en main le livre édité par Le Tripode : 822 pages qui nous rapprochent du geste génial de Charlotte Salomon, qui n’avait que vingt-trois ans quand elle a commencé à créer Vie ? ou Théâtre ?. Elle l’achèvera en seulement dix-huit mois.

Roman graphique, storyboard, Singspiel… La richesse de cette œuvre tient aussi à l’impossibilité de la cerner tout à fait, à la profusion des voies à emprunter pour la raconter. Que faudrait-il évoquer en premier ? Ce qui a poussé Charlotte Salomon a créer cette œuvre inclassable, foisonnante ? La question suggérée par le titre de l’œuvre, à savoir la porosité entre fiction et réalité ? La forme de cette œuvre-maelstrom ?

Je vous invite à une exploration de ces différents chemins en forme de points d’interrogation.


Première de couverture de Vie ? ou Théâtre ? (Ed. Le Tripode, 2024)


Résonance 1 · Ce qui pousse Charlotte Salomon à créer

« Il faudra bien des années encore, je crois, avant qu’une femme ne puisse s’asseoir pour écrire un livre sans se trouver en face d’un fantôme à abattre, d’un rocher contre lequel se briser. »
Virginia Woolf, Des professions pour les femmes, 19311citation mise en exergue de Journal de la création, de Nancy Huston (Actes Sud, 2001)

Une urgence à créer face à la menace nazie ?

Charlotte Salomon a étudié les Beaux-Arts à Berlin. En 1939, elle fuit l’Allemagne nazie pour se réfugier à Villefranche-sur-Mer, où elle rejoint ses grands-parents, eux-mêmes accueillis par une riche américaine, Ottilie Moore. En 1940, à son retour du camp de Gurs où elle a été internée avec son grand père, elle prend la décision de créer une œuvre qu’elle accomplira en un an et demi. Elle peint en tout 1.325 gouaches dont elle sélectionne finalement plus de la moitié, y apposant un calque de la même taille sur lequel elle calligraphie le texte, ou peignant le texte à même la gouache.

Charlotte Salomon a été assassinée à Auschwitz en 1943. Faut-il alors voir dans son œuvre une « résistance spirituelle face au projet d’anéantissement nazi ? » comme le suggère Eliad Moreh-Rosenberg, conservatrice et directrice du Musée d’art de la Shoah de Yad Vashem ?2in SUISSA Steve, Horizon : Charlotte Salomon, un destin brisé, Série A l’origine, 2022

La réception de l’œuvre a d’abord été façonnée par la fin tragique de l’artiste, plaçant l’urgence de créer face à la menace nazie comme ressort premier de sa création.  

« La mort est souvent une tragédie, en tout cas lorsqu’elle surgit en un temps où, pour nos consciences, elle est inconcevable, parce que l’heure n’était pas venue ou que la violence de l’arrachement anéantit tout sur son passage… mais il existe une façon de ne pas la laisser confisquer tout le récit d’une vie. Trop souvent, la disparition brutale kidnappe l’ensemble d’une existence qui ne doit pourtant pas se réduire à son dénouement.
Ne jamais raconter la vie par sa fin mais par tout ce qui en elle s’est cru « sans fin ». »
Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts3HORVILLEUR Delphine, Vivre avec nos morts, Grasset, 2021

Une voie pour conjurer la malédiction familiale ?

En 1940, Charlotte se voit révéler un secret de famille : comme sa grand‐mère, sa propre mère s’est défenestrée, alors même qu’il lui a toujours été dit qu’elle était morte de la grippe. Elle apprend aussi que sa tante Charlotte, d’après laquelle elle a été nommée s’est également suicidée peu avant sa naissance ; Elle s’inscrit donc dans une lignée maternelle qui se suicide depuis des générations. Elle en est la dernière survivante.

Dans le vacillement qui suit cette annonce, elle prend la décision radicale de se lancer dans cette œuvre gigantesque :

« Elle se vit placée devant ce choix : mettre fin à ses jours ou bien entreprendre quelque chose de vraiment fou et singulier. »
Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ? 4SALOMON Charlotte, Vie ? ou Théâtre ?, Ed. Le Tripode, 2024

Cet élan résonne avec la décision d’Adèle Yon de se lancer dans l’écriture de Mon vrai nom est Elisabeth5YON Adèle, Mon vrai nom est Elisabeth, Éditions du sous-sol, 2025 où l’auteure tente de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Élisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 19506https://www.collateral.media/post/ad%C3%A8le-yon-mon-roman-est-f%C3%A9ministe-en-ce-qu-il-engage-%C3%A0-renouveler-nos-imaginaires-de-la-folie-de.

Une manière de poursuivre le dialogue avec sa muse ?

On parle rarement de muse au masculin. Pourtant, le personnage d’Amadeus Daberlohn semble avoir joué ce rôle pour Charlotte Salomon-Kann.

Vie ? ou Théâtre ? est constituée de trois parties. La deuxième est largement consacrée à Amadeus Daberlohn, personnage inspiré de Alfred Wolfsohn, professeur de chant de la belle-mère de Charlotte Salomon7La cantatrice Paula Salomon-Lindberg, nommée Paulinka BimBam dans Vie ? ou Théâtre ?. Au-delà de l’amour qu’elle lui voue, c’est la source d’inspiration qu’il a été pour elle à laquelle elle rend hommage à travers le livre.

Cette phrase « Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi » prononcé par Daberlohn après qu’elle lui a montré sa peinture, agit comme un moteur puissant pour son œuvre.

Mögest du nie vergessen dass ich an dich glaube « Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi. » – Collection Joods Historisch Museum (page 678 dans l’édition 2024 de l’œuvre éditée au Tripode)

L’influence de Daberlohn-Wolfsohn est par ailleurs confirmée par le contenu de la lettre que Charlotte a glissée dans la valise qui contenait son œuvre, reproduite dans la nouvelle édition de 2024 du Tripode.

« Plus je voyais ce que devenait l’humanité, plus j’éprouvais du réconfort à dessiner et de satisfaction à travailler sans relâche, et plus je pensais à toi mon bien-aimé, à la vérité de ta pensée. »
Charlotte Salomon, extrait de la lettre à Amadeus Daberlohn, février 19438dans l’édition 2024 de Vie ? ou Théâtre ? parue aux Ed. Le Tripode

Admettre une pluralité des ressorts de la création ?

Admirateur de l’œuvre de Charlotte Salomon, l’artiste Christian Boltanski ouvre une autre piste, celle de la volonté de créer dans un contexte d’émancipation, du désir de retrouver un corps et une sexualité libres.9Charlotte Salomon (1917-1943) de Catherine Pont-Humbert, réalisé par Dominique Costa (Une vie, une œuvre, France Culture, 2006) L’émergence de la montée nazie masque en effet un autre arrière-plan historique, celui de la libération des mœurs dans cette partie du monde au même moment10Les documentaires sonores suivants introduisent à cette époque : Le Berlin des années folles, de Céline du Chéné (Réal. Laurent Paulré, LSD La Série Documentaire, 2024) ou Les folles années du corps, d’Anne-Toscane Viudes (Real. Somany Na, LSD La Série Documentaire, 2024) .

À l’image des calques que Charlotte Salomon a placé sur ses gouaches, tous ces motifs poussant à la création semblent se juxtaposer : ils élaborent le tableau complexe des motivations à se raconter, et à créer.

Le destin de l’artiste a occulté la puissance de l’œuvre, confiée à un musée historique et longtemps considérée comme un témoignage de déportée. Le parallèle avec la réception du Journal d’Anne Frank est évident. De la même manière que Lola Lafon réhabilite Anne Franck dans son statut d’écrivaine dans Quand tu écouteras cette chanson11LAFON Lola, Quand tu écouteras cette chanson, Stock, 2022, les initiatives visant à rétablir Charlotte Salomon comme artiste se font jour dès les années 198012L’ensemble des gouaches et textes de Vie ? ou Théâtre ? ont été publiées pour la première fois par les éditions Uitgevrij Gary Schwartz en 1981. Une exposition est consacrée à l’œuvre de Charlotte Salomon au Centre Pompidou en 1992.. Le Tripode, en publiant l’œuvre dans son intégrité – j’y reviendrai – parachève cette entreprise, nous donnant accès à l’inimaginable originalité de cette œuvre, précurseur de ce nous nommons aujourd’hui roman graphique.

Avant d’aborder l’aspect graphique de l’œuvre à laquelle elle a longtemps été réduite, je veux un instant m’attarder sur le texte.

Résonance 2 · Fiction et réalité : un entre-deux

« Entre fictions et réalités, la chose la plus sûre, la plus excitante, c’est encore cet « entre » ; tout est hybride, impur, hétérogène, tiraillé, et cela génère du mouvement, de la vie, de l’intelligence, du manque et du désir. »
Arno Bertina, Un entre-deux 13contribution à l’ouvrage collectif « Les littorales Marseille – de l’intime au collectif et inversement », Éditions Le Bec En l’air, 2013

Autobiographie à la troisième personne

Charlotte Salomon crée cette œuvre autobiographique en écrivant à la troisième personne, choisissant de se nommer et nommer son entourage par des noms de fiction. Charlotte Salomon devient ainsi Charlotte Kann. Pourquoi ce détour par la fiction ? Est-ce la nécessité d’une mise à distance par la forme, quand la mise à distance par le temps n’était pas possible ? Elle n’a que vingt-cinq ans quand elle achève son œuvre.

Est-ce aussi pour explorer l’intériorité des membres de sa lignée qu’elle fait ce choix de ne pas écrire au « je »? Elle fait démarrer l’histoire avant sa naissance, à la mort de la tante dont elle a hérité le prénom, Charlotte Knarre14Double fictionnel de Charlotte Grünwald.  De plus, la fonction du narrateur est prise en charge par plusieurs personnages dans le récit15Ainsi sa grand-mère maternelle prend elle en charge la narration du récit dans l’acte V du prologue.

« La guerre continuait de faire rage et j’étais là, assise au bord de la mer, scrutant les profondeurs du cœur des hommes. J’étais ma mère, ma grand-mère, j’étais tous les personnages de ma pièce. J’appris à suivre tous les chemins et j’en devins un moi-même. »
Charlotte Salomon, extrait de la lettre à Amadeus Daberlohn, février 194316dans l’édition 2024 de Vie ? ou Théâtre ? parue aux Éditions Le Tripode

Autobiographie et fiction

L’argument consistant à refuser le qualificatif d’autobiographique à cette œuvre sous prétexte qu’il s’appuierait sur des éléments fictionnels me parait contestable. En effet, la question de la fidélité au réel est à manipuler avec beaucoup de précaution dans l’autobiographie, et ce pour plusieurs raisons.

Par définition, le passé est raconté depuis le présent : la mémoire que nous avons des événements de notre propre vie n’est en rien un enregistrement fidèle de ce qui a été.

« La vérité narrative n’est pas la vérité historique, elle est le remaniement qui rend l’existence supportable. Dans toute autobiographie, il y a un remaniement imaginaire. La chimère nommée fiction est sœur jumelle de récit de soi. Je n’ai jamais menti, je m’y suis efforcé, j’ai simplement agencé des représentations du passé qui reste dans mes souvenirs afin d’en faire un être vivant, une représentation partageable. »
Boris Cyrulnik, Sauve-toi la vie t’appelle17Cyrulnik Boris, Sauve-toi la vie t’appelle, Odile Jacob, 2013

Et puis, le réel est jalonné par les fictions, à commencer par la chose qui nous parait la plus objective, la plus (atte)stable, relevant de la « réalité réelle, pure et dure »18Huston Nancy, L’espèce fabulatrice, Ed. Actes Sud, 2008car inscrite sur des documents tels qu’une carte d’identité : le prénom.

« Nous n’avons pas de nom.

Nous recevons un nom, qui, avant d’échouer sur nous, a été rempli de Sens. Auparavant, il appartenait à un saint, à une aïeule, à la dédicataire d’une chanson célèbre, à un personnage de roman ou d’opéra ou de série télévisée…

Par définition, il nous vient d’ailleurs, d’avant, d’un(e) autre. Nous entrons dans la vie par un lien au passé. »
Nancy Huston, L’espèce fabulatrice19Huston Nancy, L’espèce fabulatrice, Ed. Actes Sud, 2008

Une fiction pour reprendre pouvoir ?

La fiction a été au cœur de la vie réelle de Charlotte Salomon. La raison alléguée de la mort de sa mère – censée être morte de la grippe et non de sa défenestration – en était une pièce maitresse.

Portrait de Charlotte Salomon avec son père Albert Salomon, vers 1927, après le décès de sa mère (Joods Historisch Museum)

Je vois dans la mise en scène fictionnelle de sa vie et de celle de sa famille à travers Vie ? ou Théâtre ? un retournement du stigmate20La notion de retournement du stigmate, est un concept qui est utilisé pour désigner la récupération, réappropriation par les personnes concernées d’éléments stigmatisant (caractéristiques physiques, insultes…) pour en faire des éléments de fierté. (source : Wikipédia). Elle se réapproprie ainsi la fiction dont elle a été victime pour se réaliser. Je ne peux m’empêcher de voir un indice de cette reprise de pouvoir dans le choix du nom de son alter ego : Charlotte Kann, kann signifiant peut (au sens de pouvoir) en allemand.

Résonance 3 · Une œuvre-maelstrom, qui échappe à toute tentative de classification

Def maelstrom21https://www.cnrtl.fr/definition/maelstrom: Mouvement d’agitation intense qui entraîne irrésistiblement.

L’origine sonore 

Charlotte Salomon présente son œuvre comme une œuvre théâtrale jouée et chantée (Singespiel ou Singspiel). Elle introduit l’origine sonore de l’œuvre dès son début :

« Voici comment ces feuilles prennent naissance : la personne est assise au bord de la mer. Elle peint. Soudain, une mélodie lui vient à l’esprit. Alors qu’elle commence à la fredonner, elle remarque que la mélodie va exactement avec ce qu’elle veut coucher sur le papier. Un texte s’ébauche en elle et voici qu’elle se met à chanter la mélodie avec ce texte qu’elle vient de composer (…). »
Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ?

Je mesure le défi auquel les traducteurs22Anne Hélène Hoog et Michel Roubinet ont été confrontés, car le texte inclut des mélodies. Par fidélité à la voix de Charlotte Salomon qui fredonnait ces airs en créant, ils ont fait le choix de les conserver en allemand, suivis d’une traduction.

La facture cinématographique

Cadrages multiples, champ et contre champ, Vie ? ou Théâtre ? est une œuvre résolument cinématographique, un story-board, comme certains la qualifie23Comme Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice au Musée d’Art et d’histoire du judaïsme et commissaire de l’exposition Charlotte Salomon en 2006 dans le documentaire sonore Charlotte Salomon (1917-1943), de Catherine Pont-Humbert, réalisé par Dominique Costa (Une vie, une œuvre, France Culture, 2006).

Série de gouaches issue de Vie ? ou Théâtre ? (représentées de la page 479 à 483 dans l’édition 2024 de l’œuvre éditée au Tripode)

Au-delà de l’étiquette « cinématographique », l’œuvre impressionne par son mouvement et sa vitalité, étonnants dans le contexte familial et politique pour le moins mortifère.

Un précurseur du roman graphique ?  

Vie ? ou théâtre ? serait un des premiers romans graphiques. Le dialogue texte-image y est singulier : qu’images et texte sur calque soient juxtaposées ou que le texte soit calligraphié à même la peinture, deux narrations se superposent, rendant la lecture en version originale exigeante. C’est une expérience de lecture déroutante, qui demande un fort engagement du lecteur.

Le texte calligraphié est aussi utilisé pour faire entendre la voix, ses variations : Charlotte Salomon a conçu cette œuvre comme un Singspiel (œuvre théâtrale jouée et chantée). Les calligrammes interviennent également comme formes signifiantes, comme en témoigne cette gouache :  

Lieber Gott / Lass mich bloss nicht wahnsinnig werden « Mon Dieu, surtout ne me laisse pas devenir folle ! »- Collection Joods Historisch Museum
(page 768 dans l’édition 2024 de l’œuvre éditée au Tripode)
Ce moment de l’œuvre intervient peu après la révélation de la malédiction familiale.
Le « nicht » (« pas ») semble s’échapper par la fenêtre, motif morbide de la tragédie familiale des Knarre.

Résonance 4 · Représenter Charlotte Salomon et son œuvre

« L’œuvre « représente » quelque chose de la vie de celui ou celle qui n’est plus, au double sens d’une représentation et d’une manière de permettre de se re-présenter, d’être à nouveau présent. »

Le choix de l’intégrité

Longtemps, l’œuvre de Charlotte Salomon a été présentée sous forme d’exposition des gouaches, sans les calques25Cette découverte par les seules gouaches est possible ici : https://charlotte.jck.nl/en et parfois sans continuité.

La version proposée par le Tripode offre une version proche de la manière dont elle se présentait initialement : des feuilles volantes, un peu plus grande qu’un format A4 sur lesquelles étaient parfois scotchées des papiers calque, le tout, contenu dans une valise. Dans cette édition du Tripode, la valise est devenue un livre de plus de 822 pages, les gouaches étant présentées dans leur continuité avec une reproduction sur le côté du calque correspondant, quand il existe.

Vie ? Ou Théâtre ?, de Charlotte Salomon (page 29 dans l’édition 2024 de l’œuvre éditée au Tripode)

La transcription typographiée du texte est certes plus confortable à lire, mais je rêve d’une nouvelle édition avec de vrais calques ou a minima une reproduction du calque au même format que les gouaches26Comme le suggère Emmanuel Guibert, admirateur de l’œuvre de Charlotte Salomon dans l’émission le Book Club, « Vie ? ou théâtre ? », l’unique ouvrage de Charlotte Salomon (France Culture, 2024), qui permettrait une expérience de lecture au plus proche du dispositif que l’artiste a imaginé. J’ai cependant conscience que le Tripode propose dans la nouvelle édition de ce beau livre la meilleure équation possible pour un prix de vente qui reste accessible27Le prix de vente est de 65 euros pour cette nouvelle édition de 2024, au moment où j’écris cet article.

Postérité de l’œuvre et rencontre avec son auteure

Comprenant que sa vie est en danger, Charlotte Salomon confie en 1943 la valise contenant son œuvre au Docteur Moridis. « Prenez en soin, c’est toute ma vie » lui dit-elle. C’est grâce à ce médecin du sud de la France que cette œuvre a pu nous parvenir. Il l’a lui-même transmise à Ottilie Moore, la riche américaine qui avait accueilli Charlotte Salomon et ses grands parents dans leur exil, et à qui est dédiée l’œuvre. Celle-ci l’a remise en 1947 au père et la belle-mère de Charlotte Salomon. Ils attendront plus de vingt ans avant de léguer Vie ? ou Théâtre ? au musée d’histoire juive d’Amsterdam.

Charlotte Salomon a été et sera encore l’objet de nombreuses œuvres28Pour en citer quelques-unes : Films > Weisz Frans, Charlotte, CCC Filmkunst, 1980 ; Warin Eric & Rana Tahir, Charlotte, 2022, 92 min. Documentaire >  Weisz Frans, Leven? of Theater?, Amsterdam, Cinemien, 2011, 86 min. Livres > Felstiner Mary Lowenthal, To Paint Her Life. Charlotte Salomon in the Nazi Era, HarperCollins, 1994 ; Pedretti Bruno, Charlotte, la jeune fille et la mort, Ed. Robert Laffont, 2005; Foenkinos David, Charlotte, Gallimard, 2014 mais elle est avant tout une créatrice, embrassant la narration sous toutes ses formes : par les couleurs, les formes, les mots, la voix et la musique. S’abreuver à cette source première qu’est Vie ? ou théâtre ?, c’est découvrir Charlotte Salomon au-delà des étiquettes qui l’enferment – juive déportée, enfant maudite, amoureuse passionnée… – et enfin la rencontrer pour ce qu’elle est : une grande artiste, singulière, bouleversante.


Vie ? ou Théâtre ?, de Charlotte Salomon, trad. de l’allemand par Anne Hélène Hoog et Michel Roubinet (Chantal Philippe pour Lettre à Amadeus Daberlohn). Ed. Le Tripode, nouvelle édition en 2024.

Vous venez de lire la chronique résonance #37. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :

  • 1
    citation mise en exergue de Journal de la création, de Nancy Huston (Actes Sud, 2001)
  • 2
    in SUISSA Steve, Horizon : Charlotte Salomon, un destin brisé, Série A l’origine, 2022
  • 3
    HORVILLEUR Delphine, Vivre avec nos morts, Grasset, 2021
  • 4
    SALOMON Charlotte, Vie ? ou Théâtre ?, Ed. Le Tripode, 2024
  • 5
    YON Adèle, Mon vrai nom est Elisabeth, Éditions du sous-sol, 2025
  • 6
    https://www.collateral.media/post/ad%C3%A8le-yon-mon-roman-est-f%C3%A9ministe-en-ce-qu-il-engage-%C3%A0-renouveler-nos-imaginaires-de-la-folie-de
  • 7
    La cantatrice Paula Salomon-Lindberg, nommée Paulinka BimBam dans Vie ? ou Théâtre ?
  • 8
    dans l’édition 2024 de Vie ? ou Théâtre ? parue aux Ed. Le Tripode
  • 9
    Charlotte Salomon (1917-1943) de Catherine Pont-Humbert, réalisé par Dominique Costa (Une vie, une œuvre, France Culture, 2006)
  • 10
    Les documentaires sonores suivants introduisent à cette époque : Le Berlin des années folles, de Céline du Chéné (Réal. Laurent Paulré, LSD La Série Documentaire, 2024) ou Les folles années du corps, d’Anne-Toscane Viudes (Real. Somany Na, LSD La Série Documentaire, 2024)
  • 11
    LAFON Lola, Quand tu écouteras cette chanson, Stock, 2022
  • 12
    L’ensemble des gouaches et textes de Vie ? ou Théâtre ? ont été publiées pour la première fois par les éditions Uitgevrij Gary Schwartz en 1981. Une exposition est consacrée à l’œuvre de Charlotte Salomon au Centre Pompidou en 1992.
  • 13
    contribution à l’ouvrage collectif « Les littorales Marseille – de l’intime au collectif et inversement », Éditions Le Bec En l’air, 2013
  • 14
    Double fictionnel de Charlotte Grünwald
  • 15
    Ainsi sa grand-mère maternelle prend elle en charge la narration du récit dans l’acte V du prologue
  • 16
    dans l’édition 2024 de Vie ? ou Théâtre ? parue aux Éditions Le Tripode
  • 17
    Cyrulnik Boris, Sauve-toi la vie t’appelle, Odile Jacob, 2013
  • 18
    Huston Nancy, L’espèce fabulatrice, Ed. Actes Sud, 2008
  • 19
    Huston Nancy, L’espèce fabulatrice, Ed. Actes Sud, 2008
  • 20
    La notion de retournement du stigmate, est un concept qui est utilisé pour désigner la récupération, réappropriation par les personnes concernées d’éléments stigmatisant (caractéristiques physiques, insultes…) pour en faire des éléments de fierté. (source : Wikipédia)
  • 21
  • 22
    Anne Hélène Hoog et Michel Roubinet
  • 23
    Comme Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice au Musée d’Art et d’histoire du judaïsme et commissaire de l’exposition Charlotte Salomon en 2006 dans le documentaire sonore Charlotte Salomon (1917-1943), de Catherine Pont-Humbert, réalisé par Dominique Costa (Une vie, une œuvre, France Culture, 2006).
  • 24
    Despret Vinciane, Les morts à l’œuvre, Ed. La Découverte, 2023
  • 25
    Cette découverte par les seules gouaches est possible ici : https://charlotte.jck.nl/en
  • 26
    Comme le suggère Emmanuel Guibert, admirateur de l’œuvre de Charlotte Salomon dans l’émission le Book Club, « Vie ? ou théâtre ? », l’unique ouvrage de Charlotte Salomon (France Culture, 2024)
  • 27
    Le prix de vente est de 65 euros pour cette nouvelle édition de 2024, au moment où j’écris cet article
  • 28
    Pour en citer quelques-unes : Films > Weisz Frans, Charlotte, CCC Filmkunst, 1980 ; Warin Eric & Rana Tahir, Charlotte, 2022, 92 min. Documentaire >  Weisz Frans, Leven? of Theater?, Amsterdam, Cinemien, 2011, 86 min. Livres > Felstiner Mary Lowenthal, To Paint Her Life. Charlotte Salomon in the Nazi Era, HarperCollins, 1994 ; Pedretti Bruno, Charlotte, la jeune fille et la mort, Ed. Robert Laffont, 2005; Foenkinos David, Charlotte, Gallimard, 2014

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