
Le livre en quelques mots
Beatrice Alemagna est une auteure-illustratrice dont je dévore les livres… Et mes filles m’accompagnent dans ce festin. Nous aimons fréquenter son univers poétique, arpentant les chemins de traverse qu’elle trace pour ses lectrices et lecteurs.
« Les Choses qui s’en vont » est un livre splendide, dans sa forme, comme dans ses mots. À chaque page, on soulève un calque et une transformation s’opère sur l’image pour révéler ces « choses » qui s’en vont. C’est un régal de couleurs, des pastels aux couleurs vives, un contraste jubilatoire, à l’image des contrastes de la vie.
Je vous parle ici des résonances qu’une récente expérience de lecture de ce livre ont créées.

Résonance 1 · L’éphémère des moments
« Je suis contente de grandir, mais en même temps, je suis triste de voir les moments s’évanouir », m’a dit ma fille de huit ans il y a quelques jours. Passé ma stupéfaction devant la poésie de cette phrase, je lui ai proposé de lire à nouveau « Les Choses qui s’en vont ». Comme pour l’aider à traverser cette tristesse.

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Dans la vie, beaucoup de choses s’en vont. Elles se transforment, elles passent.

Tout passe.
Comme à son habitude, Beatrice Alemagna nous propose une lecture décalée, délicate et parfois drôle des situations : les scènes se succèdent, qui débutent avec un tracas, que le papier calque fait évoluer, positivement.
Un jour les poux (heureusement) s’en vont pour de bon. Les idées noires s’évanouissent. Tout comme sèchent les larmes.

Oui, tout passe. Mais il est plus facile de s’en convaincre quand il s’agit d’expériences désagréables, car ce « tout passe » desserre alors l’étau de l’abattement, du désespoir ou du découragement (une notion qui parlera bien aux parents d’enfants de moins de dix ans qui n’arrivent pas à se débarrasser des poux!). Mais le « tout passe » s’applique aussi aux épisodes de joie, aux moments de grâce. Cela aussi passe.
Tout ? Peut-être pas.
Résonance 2 · La permanence de l’amour
Le livre s’achève ainsi :
Tout, finalement, passe, s’éloigne ou change. Mais une seule chose ne s’en va pas. Et ne s’en ira jamais.

Beatrice Alemagna a la délicatesse de ne pas nommer cette chose qui reste, laissant l’émotion résonner et se dilater, sans le filtre du mot.

Résonance 3 · Les choses disparaissent-elles vraiment ?
Beatrice Alemagna dit avoir utilisé le calque (voir la vidéo ci-dessous où elle l’évoque) non seulement pour l’idée de mouvement qu’il insuffle, mais aussi pour suggérer que ces choses ne disparaissent pas vraiment.
J’ai réalisé : et si, dans l’impermanence des choses, ne se jouait pas tant leur disparition – par opposition à leur présence -, mais plutôt leur mouvement versus leur immobilité ?
La douce joie qui nimbe les moments de lectures partagées avec nos enfants, la plénitude ressentie à les sentir blottis contre nous, leur attention tout entière tournée vers l’histoire et notre voix… Tout cela s’envolera un jour de notre quotidien… Mais ces moments pourront revenir un jour se poser dans nos vies, sous les traits d’un souvenir…
Les extraits du livre « Les Choses qui s’en vont » sont issus du site de Beatrice Alemagna.
« Les Choses qui s’en vont » de Beatrice Alemagna, éditions Hélium, 2019
Vous venez de lire la chronique résonance #16. L’idée de ces chroniques « résonance » est toute simple : à travers elles, je partage avec vous ce qui a résonné en moi à la lecture d’un livre, l’écoute d’un documentaire, la visite d’une expo… Si vous souhaitez partager cette chronique, vous pouvez le faire en cliquant sur les icônes ci dessous :



